Mon client me demande un engagement SBTi. Voici ce que ça implique

« Dans le cadre de notre engagement Net Zero 2045, tous nos fournisseurs doivent définir des objectifs de réduction validés via le SBTi. » Ce message, de nombreuses entreprises le reçoivent de leurs donneurs d’ordres. La première réaction : « C’est quoi le SBTi ? » La deuxième, une fois le sigle expliqué : « C’est lourd comme exigence pour une PME. » La première question a une réponse simple. La deuxième mérite qu’on regarde de près, parce que la réponse est moins évidente qu’il n’y paraît.
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Responsable de site en gilet haute visibilité et casque marchant sous les panneaux d'une centrale solaire

Ce problème vous concerne si...

Un donneur d’ordre vous demande un objectif « validé SBTi ».
Vous avez un bilan carbone, mais aucune trajectoire chiffrée.
Vous pensez que ce genre d’engagement est réservé aux grands groupes.

Table des matières

L'essentiel à retenir

Qu’il soit un grand groupe soumis à la CSRD ou une entreprise engagée dans une démarche volontaire de réduction de ses émissions, votre client bute sur le même poste : son Scope 3, c’est-à-dire les émissions de sa chaîne de valeur, dont vous faites partie. Le Scope 3 représente en moyenne 70 % des émissions d’une organisation d’après l’ADEME. Pour le réduire, il lui faut une stratégie d’achats responsables. Et pour choisir ses partenaires, il a besoin de les comparer et d’évaluer leurs engagements. Demander à un fournisseur s’il a une trajectoire de réduction vérifiable est l’un des leviers les plus utilisés. Le SBTi est le cadre qu’il a retenu pour ça, parce que c’est celui que ses propres clients, ses banques et ses auditeurs reconnaissent.

Le SBTi, Science Based Targets initiative, est une initiative créée en 2015 par le Pacte mondial des Nations unies, le WRI, le CDP et le WWF. Elle valide les objectifs de réduction d’émissions des entreprises en vérifiant qu’ils sont alignés sur une trajectoire compatible avec 1,5 °C. Précision utile depuis le rapport du PNUE de septembre 2026 : le seuil de 1,5 °C sera franchi dans les toutes prochaines années, et l’enjeu est désormais de limiter l’ampleur et la durée du dépassement pour préserver la possibilité d’y revenir. Cela ne rend pas les objectifs alignés sur cette trajectoire obsolètes, cela les rend plus nécessaires. En janvier 2026, le SBTi a passé le cap des 10 000 entreprises avec un objectif validé.

Ce que votre client ne précise pas, c’est que le SBTi ne construit rien à votre place. Il vérifie un objectif que vous lui soumettez, et il le vérifie d’autant plus vite que vous êtes une PME. Le travail est ailleurs : mesurer vos émissions, identifier vos leviers, chiffrer une trajectoire que vous pouvez tenir. La validation est la dernière étape, pas la démarche.

Un engagement SBTi ne demande pas à une PME de sauver le climat seule. Il lui demande une trajectoire chiffrée et tenue. C’est exactement ce qu’un client attend d’un fournisseur sérieux.

Que demande concrètement le SBTi à une PME ?

Le SBTi valide des objectifs, il ne les écrit pas. Ce qu’il attend de vous : un inventaire complet de vos émissions Scopes 1 et 2 sur une année de référence, un objectif de réduction choisi dans ses options, un engagement à mesurer et réduire votre Scope 3, et une publication annuelle de vos émissions. Pour les entreprises qui émettent moins de 10 000 tonnes de CO2e sur leurs Scopes 1 et 2, qui ne sont ni une institution financière ni une société pétrolière ou gazière, et qui remplissent au moins trois des quatre critères suivants (moins de 250 salariés, chiffre d’affaires inférieur à 50 millions d’euros, total de bilan inférieur à 25 millions d’euros, hors secteur agricole et forestier obligatoire), le dépôt est allégé. La plupart des PME du Grand Ouest cochent tout. Ce qui change entre une PME et un grand groupe, c’est la procédure de dépôt, pas la nature du travail en amont.

Dépôt PME Dépôt standard (grandes entreprises)
Lettre d’engagement préalable
Aucune, passage direct à la validation
Oui, puis 24 mois pour soumettre un objectif
Objectif Scopes 1 et 2
Choix parmi des options prédéfinies, réduction linéaire d’au moins 4,2 % par an
Objectif sur mesure, instruit par les analystes
Objectif Scope 3
Pas d’objectif chiffré, mais engagement à mesurer et réduire
Obligatoire dès que le Scope 3 dépasse 40 % du total
Instruction du dossier
Simplifiée, validation sur vérification documentaire
Revue technique complète, 30 à 40 jours ouvrés
Frais de validation (grille au 5 janvier 2026)
Environ 1 100 € HT si le chiffre d’affaires est inférieur à 5 M€, environ 1 800 € HT au-delà
À partir d’environ 11 600 € HT
Suivi
Publication annuelle des émissions
Publication annuelle et recalcul en cas de changement de périmètre

Sources : SBTi, FAQ pour les PME version 6.2 (juillet 2026) ; SBTi Services, grille tarifaire V6.1 en vigueur depuis le 5 janvier 2026. Frais fixés en dollars (1 250 $, 2 000 $ et 13 000 $), convertis au taux d’octobre 2026, soit environ 1,12 $ pour 1 €.

Un point de calendrier à connaître : le SBTi a publié en juin 2026 la version 2 de sa norme Net Zéro, qui remplace à partir de 2027 le dépôt PME par un système de catégories. La version 1 reste applicable à toute soumission faite en 2026. Autrement dit, une PME qui s’engage maintenant le fait sur les règles les plus simples qu’elle connaîtra.

Ce qu’un objectif validé prouve, et ce qu’il ne prouve pas

Un objectif validé par le SBTi dit une chose précise : votre trajectoire de réduction est cohérente avec la science climatique, et un tiers l’a vérifié. C’est utile. Pour votre client, cela remplace dix questionnaires. Pour vous, cela fixe une direction chiffrée, publique, que personne ne pourra vous reprocher d’avoir improvisée.

Ce qu’il ne dit pas : que vous avez réduit quoi que ce soit. Le SBTi valide un objectif, pas un résultat. Une PME qui s’engage sur moins 42 % d’ici 2030 et qui ne change rien à ses pratiques aura un objectif validé pendant quelques années, puis des publications annuelles qui raconteront l’écart. Votre client les lira. Le risque n’est pas d’être refusé par le SBTi, c’est d’être rattrapé par vos propres chiffres. D’où la seule façon raisonnable de prendre la demande : comme un plan de décarbonation avec une date, pas comme un tampon.

Comment vous y préparer ?

Commencez par la mesure, pas par le formulaire

Avant toute chose, le SBTi exige un inventaire complet de vos émissions Scopes 1 et 2 sur une année de référence, établi selon le GHG Protocol ou une méthode compatible, ce qui est le cas du Bilan Carbone. Si vous avez un bilan carbone récent où les Scopes 1 et 2 sont isolés et complets, vous avez l’essentiel. Si vous n’en avez pas, c’est la première étape, et elle sert bien au-delà du SBTi : c’est le chiffre que tous vos clients demandent. Ce que vous y gagnez : savoir en quelques semaines si l’engagement est à portée de main ou s’il faut d’abord construire la mesure.

Choisissez l’objectif que vous pouvez tenir, pas le plus flatteur

Le dépôt PME propose des options prédéfinies. La plus courante : réduire les Scopes 1 et 2 d’au moins 4,2 % par an en linéaire, soit environ 42 % en dix ans. Avant de signer, posez vos leviers de décarbonation sur la table : chauffage, flotte de véhicules, procédés, électricité. Si l’addition des actions réalistes donne 30 % d’ici 2030, dites-le à votre client avant de vous engager sur 42 %. Un objectif tenu vaut plus qu’un objectif ambitieux abandonné.

Prenez l’engagement Scope 3 au sérieux, même sans chiffre

Le dépôt PME ne demande pas d’objectif chiffré sur le Scope 3, mais il demande de s’engager à le mesurer et à le réduire. C’est le poste où se trouvent vos achats, votre fret, vos déplacements. C’est aussi, en toute logique, ce que votre client est en train de vous faire à vous. Commencer par estimer vos trois plus gros postes de Scope 3 vous évite une mauvaise surprise au premier bilan complet.

Répondez à votre client avec un calendrier, pas avec un silence

L’erreur classique est de laisser passer six mois en se disant que la demande va s’éteindre. Elle ne s’éteint pas, elle revient dans le questionnaire suivant. Répondez en trois lignes : vous avez pris connaissance de la demande, vous lancez (ou possédez déjà) votre inventaire Scopes 1 et 2, vous visez une soumission au SBTi à telle date. Un acheteur qui reçoit une date cesse de vous relancer.

Transformez l’exigence en argument commercial

Une PME avec un objectif validé figure sur la liste publique du SBTi, aux côtés des grands groupes. Dans un appel d’offres, dans un questionnaire RSE, dans un dossier bancaire, c’est une ligne qui ferme la discussion sur le climat. Les fournisseurs qui l’ont sont rares dans la plupart des filières régionales. Celui qui l’a en premier devient le fournisseur de référence de son donneur d’ordre, et des suivants.

FAQ

Le SBTi est-il obligatoire ?

Non. Aucune loi ne l’impose. La demande vient de clients qui doivent ou veulent réduire leur Scope 3 et cherchent des engagements fournisseurs vérifiables. Refuser n’a pas de conséquence juridique, mais peut en avoir sur votre référencement.

Les frais de validation sont d’environ 1 100 € HT pour un chiffre d’affaires inférieur à 5 millions d’euros, et d’environ 1 800 € HT au-delà. Le SBTi les fixe en dollars (1 250 $ et 2 000 $ selon la grille SBTi Services en vigueur depuis le 5 janvier 2026), donc le montant en euros varie avec le taux de change. Ce montant ne couvre pas le bilan carbone préalable ni le plan d’action.

Pas d’objectif chiffré dans le dépôt PME, mais un engagement à mesurer et réduire ces émissions. Les grandes entreprises, elles, doivent fixer un objectif dès que le Scope 3 dépasse 40 % du total.

Oui, si vos Scopes 1 et 2 y sont isolés et complets sur une année de référence. La méthode Bilan Carbone est compatible avec le GHG Protocol que le SBTi prend pour référence.

Avec un inventaire Scopes 1 et 2 existant, quelques semaines pour préparer le dossier et la validation. Sans bilan, comptez le temps d’un premier inventaire, en général deux à quatre mois.

Le SBTi ne sanctionne pas. Mais vos émissions sont publiées chaque année, et l’écart entre l’objectif et la réalité est visible par vos clients. C’est la raison de choisir un objectif tenable.

Oui. La version 2 de la norme Net Zéro, publiée en juin 2026, remplace le dépôt PME par un système de catégories à partir de 2027. Une soumission faite en 2026 reste sur la version 1.

Et dans votre cas ?

Selon vos émissions, vos leviers et la pression de vos clients, l’engagement SBTi est soit une formalité au bout de votre bilan carbone, soit le point de départ d’une stratégie de décarbonation complète. Dans les deux cas, la question à régler n’est pas « comment obtenir la validation », c’est « quelle trajectoire je suis capable de tenir ». C’est ce travail-là, l’inventaire, les leviers, l’objectif réaliste et le plan d’action, qu’illio construit avec les PME. Le dépôt au SBTi vient à la fin, et il prend dix minutes quand tout le reste est fait. Votre donneur d’ordre a posé la question et vous n’avez pas encore de trajectoire ? On en parle.

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